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plan de la ligne Beauvais-Paris

vendredi 30 juin 2017, 17:59

L’accident de lundi 26 juin : retour sur une longue journée

par Eric Gastan

Quelques explications sur la journée de lundi dernier, suite à l’accident au passage à niveau, situé à Méru, qui a impliqué une personne mortellement.

Vers 07h38, un dramatique accident s’est produit sur votre ligne Beauvais – Paris. J’étais présent toute la journée. A partir des questions que vous avez posées, et de mon expérience de cette journée, je reviens sur le déroulé de cette accident.

Que s’est-il passé ?

Vers 07h38, à la hauteur du passage à niveau de Méru, le train n° 847 414 a percuté une voiture. Pour information, le 847 414 au départ 6h40 de Beauvais était parti avec du retard suite à un équilibre de matériel.  Je ne peut pas rentrer plus dans le détail dans cet accident (une enquête est en cours).

Combien de clients étaient présents dans ce train ?

450 clients étaient à bord.

Comment s’est déroulé la prise en charge des clients sur le lieu de l’accident ?

Je suis arrivé sur place à 08h15. L’évacuation de la première voiture  avait commencé, je me suis positionné à la hauteur du passage à niveau, pour pouvoir inviter les voyageurs à se regrouper au niveau du garage Citroën.

Après avoir échangé avec le lieutenant des secours, nous nous étions mis d’accord pour regrouper les clients sur la route (route fermée par la gendarmerie des deux côtés). J’avais proposé la solution, pour les clients qui en avaient besoin, de pouvoir se restaurer au Mc Donalds, solution qui  a été abandonnée par le lieutenant des secours étant donné que le lieu était trop petit. La première action a été de mettre à l’abri du soleil les clients chez Citroën. Le responsable du garage avait sorti l’ensemble des véhicules pour laisser la place aux voyageurs et leur offrir de l’eau.

Ensuite, un responsable de la société Thalès nous a proposé d’ouvrir le réfectoire de l’entreprise (130 places) pour qu’ils puissent s’asseoir, boire un verre d’eau ou un café.  Trois clients ont étés pris en charge par les pompiers : une personne qui s’est fait mal au pied en descendant du train ; une personne fortement choquée par l’accident ; et une personne qui s’est fait mal derrière la tête suite au choc.

A quel moment les clients ont étés évacués de la rame ?

Les clients ont étés évacués aux alentours de 8h.

Comment s’est déroulé cette évacuation ?

Nous avons évacué les personnes voiture par voiture. Les personnes ont longé la voie et ont rejoint la route du passage à niveau, soit environ 300m à pied.

 Quelles informations ont étés données aux clients ?

Pour ma part, étant placé à la hauteur du passage à niveau, j’ai échangé avec un maximum de personnes et le message que j’ai donné a toujours été le même (je n’ai d’ailleurs jamais donné d’informations officielles, trop de paramètres étaient en jeu : les cars, les dégâts matériels, et les dégâts sur la voie) : j’ai conseillé aux clients de rejoindre, dans la mesure du possible, la gare de Méru (pour ceux qui étaient en capacité de le faire), pour qu’on puissent venir les chercher. Je n’ai jamais donné un horaire exact pour la prise en charge avec les cars de façon à ne pas donner de mauvaise information.

J’ai donné des renseignements, dès que je le pouvais, sur l’évolution de la prise en charge (notamment sur le nombre de cars et sur la destination).

Dans les premières minutes qui ont suivi l’accident, beaucoup de clients sont partis en direction de la gare de Méru, soit pour récupérer leur véhicule, soit pour qu’ont viennent les chercher. Il me restait donc à gérer 200 clients : à savoir 130 chez Thalès et le reste au garage Citroën. La majorité des personnes voulait se rendre à Paris. J’ai donc demandé 4 cars, soit 240 places. Comme je l’écris plus loin, la difficulté était d’avoir des cars le plus rapidement possible (ce qui n’a pas été simple). Plus tard, certains clients ont changé d’avis et ont préféré repartir sur Beauvais. J’ai donc modifié la commande des cars (à savoir un bus pour Persan et un bus pour Beauvais). A ce moment là, il restait 110 clients.

Comment l’attente a-t-elle été gérée sur place ?

Je tiens à dire un grand merci au lieutenant Dares du centre de secours de Méru ainsi qu’au lieutenant Scellier de la gendarmerie qui m’ont épaulé et assisté. L’un en m’aidant à prendre en charge les clients et l’autre en sécurisant les lieux. En ce qui me concerne, j’ai échangé régulièrement avec différents voyageurs : certains voulaient savoir comment poursuivre leur trajet ; d’autres étaient bouleversés par l’accident, et avaient besoin de parler (c’est bien normal).

Comment s’est passé le reste de la journée ?

Je suis resté à la disposition des forces de l’ordre et des pompiers durant toute la procédure mise en place pour le début de l’enquête. J’ai travaillé avec le lieutenant de la gendarmerie et des pompiers. Nous avons pu récupérer les voies vers 12h pour commencer l’intervention d’évacuation du véhicule.

Qui étaient les agents SNCF présents sur les lieux ?

Effectivement, il y avait le service de la voie, environ 7/8 personnes. Le CIL (Chef d’Incident Local), l’équipe d’intervention pour relever les trains, une équipe du service électrique pour la signalisation, un représentant des caténaires, un cadre de la traction et une équipe infra avec une grue (route rail).

A quel moment l’intervention a commencé pour les équipes SNCF ?

Vers 12h30, les équipes de la voie ont commencé à vérifier une partie de la voie 1, ensuite il a fallu attendre toutes les protections nécessaires pour engager la grue au rail pour aller dégager la voiture qui était bloquée sous le train. Il faut savoir que l’ordre avait été donné de sortir la voiture avec le plus de précaution possible, étant donné qu’il y avait une procédure juridique pour l’enquête. Donc deux possiblités se sont présentées :

– accrocher la voiture avec la grue et essayer de la dégager le mieux possible,

– uu seconde solution : lever la première partie du train avec des verrins hydrauliques, puis caler le train. Mais c’est une procédure très longue. L’équipe du matériel et l’équipe infra ont choisi la première solution, ce qui a permis de gagner beaucoup de temps.

Une fois la voiture dégagée, que s’est-il passé ?

Il a fallu faire un état des lieux du train, notamment à l’endroit de l’impact et de dégager cette rame jusqu’à Méru. L’opération a été très longue étant donné que la conduite de freinage était très endommagé.

Pourquoi, une fois que le dégagement du véhicule accidenté a été fait, il n’a pas été possible de faire circuler les trains dans le sens Paris-Beauvais ?

Etant sur place, j’ai effectivement échangé avec le CIL de la possibilité de récupérer la circulation sur la voie 1 le plus rapidement possible (surtout que le service de la voie avait fait les vérifications nécessaires). Les circulations n’étaient pas possibles sur la voie 1 parce que les agents du service matériel ainsi que le conducteur avaient des vérifications à faire sur le matériel côté entre voie.

A partir de quel moment les circulations ont pu reprendre ?

Une fois que la rame accidentée a été attelée à la rame de secours. Nous avons alors pu l’emmener sur la voie médiane de la gare de Méru.

Comment s’est déroulée la gestion des cars ?

Comme je le disais, il a été très difficile d’avoir des bus sur le lieu de l’accident. Nous travaillons avec les compagnies qui ont la charge du transport des bus scolaires et nous étions justement dans un créneau horaire qui rendait leur utilisation difficile. Les compagnies de cars n’ont pas ou on très peu de chauffeurs à disposition en attente.

Vers 10h30, nous avons commencé à récupérer quelques cars, sachant que selon leurs lieux d’origine, ils allaient soit à Beauvais soit à Méru et à Persan. Les compagnies de cars doivent aussi gérer avec leurs personnels, sachant que la réglementation est très stricte sur les amplitudes horaires. Ils devaient aussi gérer avec le ramassage de soirée afin que le chauffeur soit toujours bon à la conduite.

Pourquoi avons-nous eu des difficultés à vous informer ?

L’information dans ce type de situation est très compliquée. En ce qui concerne le service de substitution (cars), la demande a été faite très rapidement par le centre opérationnel Picardie. Mais nous sommes tributaires des différentes compagnies de transports. Il avait été indiqué initialement que deux cars devaient se rendre sur le lieu de l’accident (information qui s’est révélée être fausse). Avec ça, il n’était de toute façon pas possible, avec 450 voyageurs, de gérer la situation (2 bus : 110 places). Et il aurait été mal venu de faire monter des personnes et pas d’autres… Même si dans la logique, il y a une priorité pour les PMR, les personnes âgées, les femmes enceintes, les enfants…

Ces deux bus qui avaient été annoncés, nous ne les avons pas eus. Toutes mes excuses pour ces informations.

En ce qui concerne l’information dans les gares : nous avons mis de l’encadrement  à disposition en gare de Beauvais et de Méru ; des agents d’accueil en gare de St Sulpice, Bornel et Chambly. Je suis resté toute la journée sur le lieu de l’accident, jusqu’à 18h, pour récolter un maximum d’informations pour alimenter le COP.

Pour finir

Je confirme que la collaboration entre la police et les secours a permis de mener une prise en charge correcte sur le lieu de l’accident.

Ce qui est sûr, c’est qu’il faut que nous nous améliorions sur l’information, notamment dans les gares. On doit aussi progresser sur la gestion des cars : mais comme je vous le disais, nous travaillons avec des prestataires et nous sommes dépendants des moyens qu’ils ont, et des informations qu’ils nous transmettent.

Voilà, j’espère que cet article vous aura apporté un éclairage sur cette journée, qui a été bien longue. Je vous remercie aussi pour vos quelques messages à l’attention de la victime, et de sa famille. Mais aussi envers le conducteur du train.